Le paysage de la recherche scientifique au Maroc s’apprête à accueillir un nouvel outil numérique. La startup EdTech marocaine PhiDoc lancera, le 16 septembre à Marrakech, une plateforme conçue pour centraliser les ressources et les opportunités destinées aux doctorants et aux chercheurs, avec une ambition qui dépasse les frontières du Royaume.
Financements, appels à communication, publications, collaborations scientifiques ou encore accompagnement méthodologique : la solution entend répondre à un problème récurrent dans le monde académique, celui de la dispersion de l’information. Pour ses concepteurs, cette fragmentation peut priver des chercheurs d’opportunités importantes et contribuer aux difficultés rencontrées tout au long du parcours doctoral.
Un enjeu pour des milliers de doctorants
Le développement de cette plateforme intervient dans un contexte où le nombre d’étudiants engagés dans un parcours doctoral au Maroc est important. Plus de 40 000 doctorants étaient inscrits durant l’année universitaire 2023-2024.
Pour une partie d’entre eux, le parcours reste confronté à plusieurs obstacles : ressources financières limitées, accompagnement académique parfois insuffisant, accès complexe aux bases de données scientifiques internationales ou encore sentiment d’isolement.
À ces difficultés s’ajoute un problème plus discret mais déterminant : l’accès à l’information. Les appels à bourses, les possibilités de financement ou les opportunités de communication scientifique circulent souvent par des réseaux distincts et parfois informels. Leur diffusion peut être tardive, réduisant les chances des chercheurs de candidater dans les délais.
Une plateforme pensée comme un point d’entrée unique
PhiDoc cherche précisément à répondre à cette dispersion. La plateforme rassemble plusieurs fonctionnalités destinées à accompagner le chercheur au fil des différentes étapes de son parcours.
Les utilisateurs peuvent notamment suivre l’avancement de leur thèse et accéder à des opportunités correspondant davantage à leur domaine de recherche et à leur profil. Les appels à financement et à communication sont ainsi regroupés afin de faciliter leur identification.
La solution propose également un annuaire de chercheurs marocains installés au Maroc ou à l’étranger, avec l’objectif de favoriser la mise en relation et la création de nouvelles collaborations scientifiques.
Autre fonctionnalité mise en avant : un assistant consacré à la recherche, à la méthodologie et à la rédaction académique. PhiDoc prévoit également un dispositif permettant aux chercheurs de recruter des participants pour leurs études quantitatives ou qualitatives.
La diaspora scientifique au cœur du dispositif
La startup entend également s’appuyer sur les compétences de la diaspora scientifique marocaine. Son programme de mentorat doit permettre à des doctorants d’échanger avec des chercheurs plus expérimentés, notamment ceux établis à l’étranger.
Cette approche vise à transformer la mobilité des compétences en levier de coopération. Plutôt que de considérer la diaspora uniquement sous l’angle de la fuite des cerveaux, PhiDoc veut favoriser la transmission des savoirs et maintenir des liens professionnels entre les chercheurs marocains établis à l’étranger et les nouvelles générations.
L’ambition affichée est ainsi de créer davantage de passerelles entre le Maroc, le continent africain et sa diaspora scientifique.
Une idée née d’un besoin concret
Derrière PhiDoc se trouve Oussama Elasri, chercheur en sciences de gestion à l’Université Cadi Ayyad. Le projet trouve son origine dans une expérience personnelle vécue au cours de son parcours académique.
Après avoir découvert trop tard une opportunité liée au programme Erasmus+, le chercheur a entrepris de recenser dans un simple tableur les différents appels auxquels ses collègues pouvaient candidater.
L’initiative, initialement pensée comme un outil pratique de partage d’informations, a progressivement changé d’échelle pour devenir le projet PhiDoc.
Cette genèse explique en partie le positionnement de la startup : répondre à une difficulté concrète rencontrée par les chercheurs plutôt que proposer uniquement un nouvel outil numérique.
De l’information à la collaboration
Au-delà de la centralisation des opportunités, PhiDoc cherche donc à agir sur plusieurs dimensions du parcours doctoral. La plateforme entend faciliter l’accès à l’information, mais aussi créer des connexions entre chercheurs, accompagner les travaux scientifiques et favoriser le mentorat.
L’enjeu est notamment de permettre aux doctorants de ne plus dépendre exclusivement de leurs réseaux immédiats pour découvrir les possibilités de financement, de publication ou de collaboration.
Avec son lancement prévu à Marrakech, PhiDoc ambitionne ainsi de faire du numérique un outil au service d’un écosystème scientifique plus connecté, dans lequel les opportunités circulent davantage entre institutions, chercheurs et territoires.
Une ambition qui s’étend à l’Afrique
Si la plateforme prend naissance au Maroc, son projet se veut régional. PhiDoc entend progressivement contribuer à une meilleure circulation des compétences et des opportunités entre les chercheurs marocains, africains et ceux de la diaspora.
Cette dimension africaine pourrait donner à la solution un rôle plus large que celui d’un simple agrégateur d’appels à candidatures. En facilitant les mises en relation et le partage d’expertise, elle cherche à participer à la construction d’un réseau scientifique plus ouvert et collaboratif.
Le lancement de septembre constitue ainsi une première étape pour une initiative qui entend s’attaquer à l’un des enjeux moins visibles de la recherche : faire en sorte que les bonnes informations parviennent aux bons chercheurs, au bon moment.