Dans un contexte marqué par une crise humanitaire majeure, l’agence Impact BBDO a imaginé une campagne de communication à fort impact en collaboration avec le quotidien libanais AnNahar et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR/UNHCR). À l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés, le journal a publié une édition volontairement désorganisée afin de faire vivre à ses lecteurs une expérience immersive illustrant les conséquences du déplacement forcé.
Une édition qui rompt avec les habitudes de lecture
Pour cette opération, les équipes créatives ont complètement bouleversé la structure habituelle du quotidien. Les pages ont été déplacées, les rubriques mélangées et les titres associés à des sections qui ne leur correspondaient pas. Même la une n’apparaissait plus en première page.
L'objectif n'était pas seulement d'informer sur le drame du déplacement des populations, mais de permettre aux lecteurs d'en ressentir, symboliquement, la perte de repères. En perturbant volontairement l'expérience de lecture, la campagne traduit l'instabilité et le désordre auxquels sont confrontées des centaines de milliers de personnes contraintes d'abandonner leur foyer.
Une campagne au service d'une cause humanitaire
Cette édition spéciale intervient alors que le Liban traverse l'une des crises humanitaires les plus importantes de son histoire récente. Plus d'un million de personnes ont été contraintes de quitter leur lieu de résidence, entraînant des besoins considérables en matière d'assistance humanitaire.
Chaque exemplaire vendu de cette édition spéciale a contribué au financement des actions menées par le HCR, en collaboration avec plusieurs organisations non gouvernementales locales. Les fonds récoltés étaient destinés à soutenir les familles déplacées à travers des aides essentielles, notamment en matière d'abri, de protection et d'assistance de première nécessité.
Une expérience déclinée sur plusieurs médias
La campagne ne s'est pas limitée au support imprimé. Le concept créatif a également été adapté aux médias audiovisuels.
À la télévision, certains écrans publicitaires et contenus vidéo ont volontairement été présentés de manière décalée afin de prolonger le sentiment d'inconfort. Lors d'un journal télévisé diffusé en heure de grande écoute, le présentateur apparaissait partiellement hors champ, une mise en scène symbolisant le déracinement et la perte de stabilité vécus par les personnes déplacées.
Cette cohérence entre les différents canaux de diffusion a permis d'amplifier le message tout en renforçant la portée émotionnelle de l'opération.
Donner une visibilité à une réalité souvent ignorée
Pour Nayla Tueni, rédactrice en chef d'AnNahar, cette initiative répond à la nécessité de replacer les personnes déplacées au centre du débat public. Selon elle, lorsque le déplacement touche une part importante de la population, il bouleverse non seulement les lieux de vie, mais aussi la dignité et les repères des individus. Cette édition spéciale vise ainsi à rendre visibles des réalités qui restent parfois reléguées au second plan de l'actualité.
De son côté, Karolina Lindholm Billing, représentante du HCR au Liban, souligne que cette collaboration avec l'un des principaux médias du pays contribue à sensibiliser le grand public aux difficultés rencontrées par les familles déplacées. Elle rappelle que la solidarité, la présence sur le terrain et la coopération entre les différents acteurs demeurent essentielles pour accompagner les populations vers un retour à des conditions de vie dignes.
La créativité au service de l'engagement
Pour Ali Rez, directeur de la création d'Impact BBDO, raconter les histoires des personnes déplacées ne suffisait pas. L'ambition de la campagne était de faire ressentir concrètement aux lecteurs le désarroi provoqué par le déplacement forcé. En perturbant volontairement l'organisation même du journal, l'agence transforme le support de presse en expérience émotionnelle et immersive.
Cette initiative illustre une tendance croissante dans l'industrie publicitaire : utiliser le design éditorial et les médias traditionnels non plus comme de simples supports d'information, mais comme des vecteurs d'engagement capables de susciter une prise de conscience et d'encourager la mobilisation autour de grandes causes humanitaires.