Le mois de janvier s’accompagne traditionnellement d’une véritable cacophonie visuelle. Soldes d’hiver, étiquettes rouge vif et pourcentages de remise agressifs envahissent les vitrines et les écrans. Dans cette bataille du « toujours moins cher », les marques rivalisent de décibels pour capter l’attention et déclencher l’acte d’achat.
À contre-courant de cette frénésie promotionnelle, IKEA choisit une approche radicalement différente. Accompagnée par son agence Mother London, l’enseigne suédoise lance une campagne audacieuse qui prend le pari de masquer les prix pour mettre en lumière un autre argument : la qualité des matériaux. Une décision presque provocatrice dans un contexte économique tendu, où le prix est souvent l’unique message mis en avant.
Le silence comme stratégie de marque
La force de cette campagne réside dans une idée simple mais puissante : IKEA n’a plus besoin de prouver qu’elle est accessible. Cette promesse est solidement ancrée dans l’esprit des consommateurs. En revanche, la marque souhaite rappeler qu’accessibilité ne rime pas avec médiocrité. En supprimant toute indication tarifaire, elle oblige le regard à se poser sur l’essentiel : l’objet, sa texture, sa matière, son usage.
Ce choix agit comme un filtre anti-bruit dans un paysage saturé de messages promotionnels. Loin de se justifier par des chiffres, IKEA affirme une confiance tranquille : la valeur de ses produits parle d’elle-même. Une posture rare pour une enseigne de grande distribution, qui préfère mettre en avant ce que l’on emporte chez soi plutôt que ce que l’on paie à la caisse.
Zoom sur la matière, flou sur la facture
Pour donner corps à cette vision, Mother London s’est associée à la photographe Marloes Haarmans. Les visuels, volontairement épurés, adoptent une esthétique presque artistique. Gros plans sur le veinage du bois massif, la maille dense d’un plaid en laine, la solidité de la fonte ou la douceur du velours : chaque détail est magnifié.
Les objets sont présentés sur des fonds colorés, sans décor superflu. Le message est renforcé par une accroche identique sur chaque visuel : « Si vous voyiez le prix, vous ne croiriez pas que c’est… », suivie de la révélation du matériau. Ce procédé de copywriting crée une tension narrative efficace. Le spectateur anticipe un prix dérisoire, puis réévalue instantanément la qualité perçue du produit.
La valeur perçue avant le coût réel
En mettant en avant des matériaux traditionnellement associés au haut de gamme, IKEA renforce son positionnement : démocratiser le design sans renoncer à l’exigence. Cette campagne illustre une évolution plus large des attentes des consommateurs, de plus en plus sensibles à la durabilité, à la fabrication et à l’usage, au-delà du simple prix affiché.
Pour 2026, le message est clair : le discours purement tarifaire montre ses limites. En choisissant de cacher le prix, IKEA réussit paradoxalement à rendre ses produits encore plus désirables. Une démonstration que, parfois, le silence est le meilleur argument de vente.
