Icône patrimoniale reconnue dans le monde entier, le Mont-Saint-Michel fascine chaque année plus de 2,5 millions de visiteurs. Derrière cette image universelle se cache pourtant un territoire complexe, où se croisent de nombreux acteurs publics et privés, aux responsabilités parfois dispersées. Dans ce contexte, la création de l’Établissement public national du Mont-Saint-Michel a marqué une étape structurante, accompagnée par le lancement d’une nouvelle identité de marque destinée à fédérer et à clarifier la gouvernance du site.
Confiée à l’agence Graphéine, cette refonte visuelle s’inscrit dans une ambition claire : projeter le Mont-Saint-Michel dans la modernité sans jamais trahir la profondeur historique et symbolique du lieu. Un exercice d’équilibriste pour un monument dont l’image est déjà omniprésente dans l’imaginaire collectif.
Sortir de la silhouette attendue
La silhouette du Mont et de son abbaye figure parmi les représentations les plus reproduites au monde. Affiches, logos, souvenirs touristiques : le risque d’une redondance visuelle était réel. Face à cette saturation iconographique, Graphéine a fait le choix d’un parti pris radical : abandonner la représentation figurative au profit d’un typogramme distinctif.
Ce signe graphique, sobre et institutionnel, ancre l’identité dans l’écrit et le langage plutôt que dans l’image illustrative. Il confère à la marque une lisibilité immédiate, une singularité affirmée et une meilleure protection juridique, tout en évitant les clichés visuels associés au site.
Une typographie comme colonne vertébrale
Au cœur de cette nouvelle identité se trouve une typographie originale, développée en collaboration avec la fonderie Blaze Type. Inspirée des écritures médiévales présentes dans les manuscrits du Mont-Saint-Michel, elle traduit graphiquement l’élan vertical et la puissance architecturale du monument.
Ses formes élancées et équilibrées évoquent à la fois l’élévation spirituelle et la solidité minérale. Pensée pour être lisible, expressive et adaptable à de multiples supports, cette typographie ne se limite pas à un simple outil graphique : elle structure l’ensemble du système de marque et en constitue la véritable ossature.
La baie comme nouvel horizon visuel
L’identité visuelle dépasse volontairement le périmètre du rocher pour embrasser la baie, élément indissociable du Mont-Saint-Michel. Les palettes chromatiques puisent directement dans les paysages environnants, mêlant nuances douces et teintes plus vibrantes, capables de s’adapter aussi bien aux usages institutionnels qu’aux événements culturels.
Le système graphique élargit le cadrage traditionnel pour laisser respirer l’horizon. Textes et images semblent flotter dans des compositions aériennes, traduisant le caractère vivant, mouvant et protégé de ce territoire unique. Cette approche confère au Mont-Saint-Michel une image de marque publique claire, contemporaine et tournée vers l’avenir, sans renier son ancrage historique.
À travers cette nouvelle identité, le Mont-Saint-Michel affirme ainsi sa capacité à se réinventer, tout en restant fidèle à son mythe. Une démarche qui s’inscrit dans une réflexion plus large sur le rôle de la typographie et du design graphique dans la valorisation du patrimoine. À ce titre, les amateurs de typographie pourront également s’intéresser au travail de l’artiste Mathieu Tremblin, connu pour ses projets de traduction de graffitis en formes typographiques lisibles.
