Certaines idées traversent les années sans jamais trouver leur chemin vers l’écran. Trop coûteuses, trop complexes, juridiquement inexploitables ou tout simplement irréalistes, elles s’accumulent dans des notes de téléphone, condamnées à rester des fantasmes créatifs. C’est précisément le destin qu’avait connu ce projet né “il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine…”, avant que l’intelligence artificielle ne vienne bouleverser l’équation.
Loin d’être utilisée comme une solution miracle, l’IA a ici servi de terrain d’expérimentation. Elle a ouvert un espace inédit où une idée autrefois impraticable a pu devenir un film à part entière, conçu comme un exercice de style et un objet artistique autonome. Un film pensé non pas pour vendre, mais pour explorer, tester, visualiser et interroger les nouvelles possibilités offertes par les outils génératifs.
À l’origine, le projet se heurtait à tous les murs classiques de la production audiovisuelle : budgets irréalistes, contraintes techniques lourdes, droits impossibles à obtenir, absence de cadre commercial clair. Autant d’obstacles qui rendaient toute concrétisation illusoire. L’IA a changé la nature du problème. Non pas en supprimant les défis créatifs, mais en rendant possible ce qui ne l’était pas : donner corps à une vision, prototyper un univers, mettre en images une intuition longtemps restée abstraite.
Les créateurs tiennent toutefois à poser un cadre clair. Ce film n’est ni une publicité officielle, ni un projet de marque, ni une collaboration commerciale. Il s’agit d’un objet de passion, conçu comme un laboratoire visuel. Une manière de faire exister une idée ancienne, sans autre ambition que de l’explorer artistiquement.
Derrière cette démarche se cache aussi une volonté de prendre position sans dogmatisme. Comme beaucoup de professionnels de l’image, les auteurs reconnaissent un rapport ambivalent à l’intelligence artificielle : fascinante par ses possibilités, inquiétante par ses implications. Plutôt que d’alimenter un discours binaire, le projet choisit de s’inscrire dans la partie constructive du débat. Celle qui considère l’IA comme un outil de recherche créative, capable de faire émerger des concepts, de tester des esthétiques et de donner une forme visuelle à des idées jusque-là inaccessibles.
Le film est co-réalisé par Paul Viollet et Ronan Preteseille, deux créatifs de l’image aux parcours distincts et complémentaires. Directeur artistique de formation, Paul Viollet développe depuis plusieurs années un univers personnel où le réel glisse vers le surréel, à travers des compositions épurées et oniriques. Ronan Preteseille, photographe et vidéaste, nourrit quant à lui son regard d’une culture visuelle marquée par la pop culture et le goût du spectaculaire. Leur point commun : une obsession pour la narration et la magie visuelle.
C’est dans cette rencontre que le projet trouve sa cohérence. L’IA n’y est pas convoquée pour accélérer un processus ou réduire des coûts, mais pour ouvrir un nouveau champ d’exploration. Un espace où l’imaginaire peut se déployer sans les barrières habituelles, où l’image redevient un terrain de jeu, et où une idée longtemps condamnée à l’inexistence peut enfin prendre forme.
