Lors de la 17ᵉ édition du Forum International Medays, organisée du 26 au 29 novembre 2025 à Tanger sous le Haut Patronage de SM le Roi Mohammed VI, le panel « Industrial Transformation & Value Chains: Competing on the Global Stage » a offert un éclairage inédit sur l’évolution de l’industrie automobile marocaine. Intervenant à cette occasion, Nassim Belkheyat, fondateur de Néo Motor, est revenu sur le chemin parcouru par l’entreprise ainsi que sur les défis d’un secteur en pleine mutation.
Une industrie née d’une vision royale
Dès les premières minutes de son intervention, Nassim Belkheyat a rappelé que l’émergence de Néo Motor s’inscrit dans une dynamique nationale impulsée par la vision royale en matière d’infrastructures et de chaînes logistiques. Le développement du Port de Tanger Med, qualifié de « game changer » pour le Maroc, a permis au Royaume d’intégrer durablement les chaînes de valeur mondiales. Autour de ce hub stratégique se sont consolidés des écosystèmes industriels majeurs, renforcés par les zones d’accélération industrielle et les plateformes logistiques de Tanger et Kénitra.
Selon lui, cet environnement a été déterminant pour croire, dès 2016, en la possibilité de créer une marque automobile marocaine : « L’écosystème de formation était là, les hubs logistiques étaient prêts, et l’ingénierie locale montait en puissance. Tout cela nous a permis de penser que Néo Motor pouvait exister. »
Une montée en intégration locale rendue possible par l’écosystème national
Le fondateur de Néo Motor a longuement détaillé les obstacles rencontrés par l’entreprise, notamment l’accès à un savoir-faire industriel historiquement protégé par les grands constructeurs. Grâce à des partenariats structurants avec Renault et Stellantis, Néo Motor a pu accéder à un écosystème de fournisseurs adaptés aux standards internationaux.
Aujourd’hui, près de 60 % des composants du modèle thermique sont fabriqués au Maroc : ligne d’échappement, châssis, carrosserie, faisceaux et plusieurs milliers d’éléments essentiels. Une performance obtenue grâce à la collaboration avec plus de 40 fournisseurs locaux de rang 1 et 2.
Le virage stratégique vers l'électrique
Face à l’essor spectaculaire des constructeurs asiatiques, largement soutenus par des politiques publiques massives, Néo Motor a fait le choix d’un pivot stratégique : exploiter des plateformes éprouvées conçues à l’étranger, les importer, les adapter, les certifier et les produire localement. Nassim Belkheyat qualifie cette démarche de « remanufacturing souverain », un modèle permettant de réduire les coûts colossaux de R&D tout en renforçant l’autonomie industrielle du Maroc.
Cette stratégie repose sur un écosystème national complet, allant des fabricants de faisceaux aux spécialistes des châssis, en passant par l’industrie verrière et l’ingénierie logicielle. L’entreprise a ainsi investi dans une unité de packing de batteries et une équipe dédiée au développement de calculateurs, un savoir-faire clé pour la mobilité électrique.
Vers une industrie compétitive et exportatrice
Grâce aux accords de libre-échange avec l’Union européenne, les États-Unis et les pays africains, Néo Motor ambitionne désormais de produire localement et d’exporter vers des marchés représentant plus de deux milliards de consommateurs. L’objectif annoncé : créer de la valeur, de l’emploi et une expertise d’ingénierie adaptée aux réalités des marchés émergents.
Nassim Belkheyat évoque même une expansion vers la fabrication de deux-roues électriques, encouragée par la demande croissante et la capacité de l’écosystème marocain à produire l’essentiel des composants nécessaires.
« Nous ne recréons pas la route, nous transformons un savoir-faire existant pour le rendre exportable », résume-t-il.
